Revêtu du costume du candidat du Front commun pour le Congo (FCC), le protégé de Joseph Kabila a-t-il l’étoffe pour remporter la présidentielle du 23 décembre 2018?

Heshima Magazine revient sur le profil d’un dauphin presque inattendu.

Parce que d’une manière générale, l’opinion ne s’attendait pas à pareil choix sortir du conclave de la ferme présidentielle de Kingakati le 8 août 2018, l’une des dernières surprises du Raïs congolais a littéralement pris de court bon nombre. Emoi et stupeur dans les rangs aussi bien de l’opposition que de la majorité.

Emmanuel Ramazani Shadary – 57 ans est le candidat désigné par le président de la République pour représenter sa plateforme électorale, le FCC, à la présidentielle de décembre prochain.

Or à observer de près, il ressort que l’insondable Joseph Kabila a manoeuvré ses pions sur l’échiquier politique en jouant avec trois coups d’avance. Car, l’observateur attentif de la vie politique congolais devait tiquer sur les nominations successives de Shadary, opérées avec une dextérité surprenante.

Jusque-là président du groupe parlementaire du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) à l’Assemblée nationale, Shadary est nommé vice-premier ministre en charge de l’Intérieur et de la Sécurité. Peu de temps, après il quitte ces hauteurs du gouvernement pour devenir secrétaire permanent du PPRD, après que ce parti ait subi une mutation profonde

au sein duquel Joseph Kabila y prend désormais la direction de manière formelle, lui qui se contentait d’en être jusqu’alors que son autorité morale. Shadary y occupe pour sa part une position motrice.

Déjà un tremplin pour le conduire à jouer les premiers rôles avec le premier parti du champ politique congolais. Puis, autre coup de Joseph Kabila, la constitution du Front commun pour le Congo (FCC), une plateforme électorale taillée à la dimension des enjeux, et à la proue de laquelle, le candidat président disposerait d’opportunités pour la conquête du pouvoir. Et toujours en embuscade, Shadary, préparé au finish à remplir, le moment venu, les critères sur le choix à effectuer sur le dauphin.

Certes, tout critère reste subjectif. Le choix de la personne qui y répond tout autant. Mais, une fois la décision prise, l’unanimité doit se faire autour d’elle, telle que cela a constitué comme méthode de gouvernance de Joseph Kabila. Mais celui qui attend devenir le successeur de Joseph Kabila a-t- il la chance de remporter le scrutin ?

Au regard des 11 critères établis par le FCC pour trouver le candidat idéal, Emmanuel Ramazani en a le profil selon ses partisans.

Passage en revue des 11 critères

Patriote

Shadary a forgé son identité politique aux époques déterminantes de l ‘ histoire congolaise où le patriotisme devait servir de motivation. A l’entame de son engagement pour la prospérité et la démocratisation de son pays, il a pris part à la Conférence nationale souveraine en 1992. Il fourbit

ses premières armes de militant politique au sein de l’Union pour la démocratie et le pogrès social (UDPS).

Intégrité et engagement sans faille.

En ce moment crucial de fin de législature, la fidélité n’est plus toujours aussi certaine. Face à toute éventuelle défection, il s’agit de s’en prémunir en comptant sur un engagement sans faille. Les doutes sur l’avenir ou sur la volonté du président sortant de rempiler ont en effet conduit des membres de son clan à quitter le navire.

Dès lors, s’assurer d’une fidélité à toute épreuve s‘avérait indispensable.

Rassembleur.

Le candidat du FCC s’est aussi révélé à la Majorité présidentielle (MP) comme un vrai meneur des troupes, capable de fédérer plusieurs personnalités autour de lui. L’on se souvient de sa conduite, sans désemparer, du groupe parlementaire PPRD et Alliés au sein de l’hémicycle du Palais du peuple. Député national, Emmanuel Ramazani a pu diriger environ 360 députés de son camp. « Sur des sujets délicats, il a réussi à réunir même des personnalités aux vues divergentes », témoigne un parlementaire qui lui reconnait une ténacité à rechercher une solution pour le groupe.« Il ne voulait pas des choses à moitié», ajoute un autre. C’est dans ce climat d’unité qu‘Emmanuel Ramazani a coordonné la Majorité présidentielle à l’Assemblée nationale.

Visionnaire

Dès sa prise de fonction comme secrétaire permanent du PPRD, Shadary fait preuve d’esprit

visionnaire en reconfigurant cette machine politique dont l’efficacité est particulièrement attendue en cette année électorale. A l’instar de son caractère impétueux, il en fait une force d‘attaque, positionnée en ordre utile pour la victoire.

Sens du sacrifice

Devant les attaques récurrentes menées contre le camp présidentiel, Shadary a passé le test de sa capacité à y résister, en sachant les prendre sur lui, puis contre-attaquer. Selon un de ses slogans qui lui colle à la peau, il est question de rendre « coup sur coup ». En outre, accepter de diriger la RDC, avec tous les défis qui se dressent devant elle pour réussir est en soi un sacrifice que quiconque n’est

pas prêt à assumer.

Disponible

Chaque fois que besoin de réactivité se fait ressentir en faveur de son camp, Shadary a su monter au créneau pour prendre position, et le défendre bec et ongles. Son sens de répartie a souvent été mis à l’épreuve lorsqu’il était question de démonter par exemple une motion-arme par excellence du jeu parlementaire- à l’occasion d’une question orale, d’une question d’actualité, d’une interpellation

ou de toute autre procédure jugée inadéquate. On se souvient également de sa descente à la Cour constitutionnelle en avril 2016, entouré de 276 députés nationaux, dans le but de la saisir pour l’interprétation sur le sort du président de la République et des députés en cas de non-tenue des élections en fin d‘année marquant aussi la fin de leur mandat.

Leadership

Très offensif dans l’arène politique, Emmanuel Ramazani Shadary  recule difficilement devant l’adversité. Grâce à sa force de caractère, il n’hésite pas non plus à recadrer ses propres camarades

quand ceux- ci s’écartent de la ligne de conduite du parti. D’ailleurs, il occupera pendant dix ans (2005-2015) le poste de secrétaire exécutif national en charge du processus électoral mais… surtout

de la discipline du parti. « Son tempérament de ‘’préfet de discipline’’ fait qu’il soit aussi écouté par ses pairs, même si l’autorité morale chapeaute le tout», commente un cadre du parti. Un atout qui peut l’aider à maintenir ses troupes en ordre de bataille.

Nationaliste

Descendant de la lignée des nationalistes congolais, avec comme figures emblématiques Patrice-Emery Lumumba et Mzee Laurent-Désiré Kabila, Emmanuel Ramazani Shadary en est un digne successeur. Il a eu à le démontrer dans ses engagements lors de l’entrée de l’AFDL alors qu’il exerçait des fonctions dans la territoriale. C’est à ce titre qu’il a vite été repéré par le président

Laurent-Désire Kabila.

Confiance du peuple

Bien que pour certains, Shadary soit insuffisamment connu du Congolais lambda, ce qui constituerait son talon d’Achille, ses partisans affirment que ses qualités de tribun l’imposeront sans aucun doute aux yeux de la population. Avec tout le suspense qui a entouré la désignation du dauphin, son adoubement, exprimé de manière magistrale au moment du dépôt de candidature, l’a placé sous les projecteurs et l’a propulsé au-devant de la scène. Le parrainage du chef de l’Etat et le soutien de ses alliés feront le reste.

Gestion avérée de la chose publique

Le candidat du FCC dispose d’une autre force : la maitrise de la territoriale. Après avoir gravi les échelons successivement comme administrateur adjoint, administrateur titulaire, gouverneur adjoint puis, gouverneur du Maniema (1998- 2001), l’homme a eu un parcours qui lui a permis de mieux connaitre le pays et ses difficultés. Diriger une province, microcosme d’un pays, est effectivement une grande école pour gérer un Etat. « On l’appelle souvent l’homme des situations difficiles », confie un de ses admirateurs. Mais son expérience de la territoriale ne s’est pas arrêtée là. Shadary renforce sa stature dans la territoriale, en tant que vice- premier ministre et ministre de l’Intérieur et Sécurité.

La qualité de patron de la territoriale lui donne une meilleure connaissance du terrain grâce

à une vue globale de la situation politique et sécuritaire du pays. Son intervention dans le conflit « Kamwina Nsapu » a été beaucoup salué dans son camp politique. « Il a posé son avion à Nganza dans une localité où les rebelles décapitaient des responsables administratifs », affirme un de ses proches collaborateurs qui salue son courage.

Conditions légales d’éligibilité.

La politique sait se montrer impitoyable. Ces acteurs ne sont malheureusement pas tous des enfants de choeur, toujours enclins à dénicher la faille chez l’adversaire. Une des exigences de la politique est donc de savoir se présenter sans reproches aux yeux des instances habilitées à recevoir les candidatures et aux yeux des électeurs. Afin de ne pas se voir débouter ou de ne pas bénéficier des suffrages escomptés. Il était question de donner à Shadary la possibilité de remplir toutes les conditions d’éligibilité.

Atouts

Ces critères seuls ne peuvent cependant suffire à Ramazani Shadary de remporter la victoire. Il compte de nombreux atouts. Contrairement aux autres candidats, Ramazani Shadary a l’avantage d’être le dauphin du président sortant, Joseph Kabila. Il peut tirer profit de la longue expérience de 17 ans de Joseph Kabila à la tête du pays. Il bénéficie en outre, d’ores et déjà des faveurs du régime, faveurs qui pourraient se faire accompagner de plusieurs moyens financiers et logistiques. Alors qu’il venait d’être fraichement nommé secrétaire permanent du parti présidentiel, l’homme promettait déjà de battre « campagne à l’américaine » pour le compte de son parti. L’annonce de l’achat de deux aéronefs privés dont un est déjà à Kinshasa en est une première illustration. L’opportunité d’être présent dans les différents coins et recoins du pays est évidente. A part quelques défections surprises (Kin-Kiey) et des refus d’adhésion (Bonganga, Okundji), les membres du FCC se sont rangés derrière lui, ce qui lui accorde le soutien d’autant de barons du régime qui l‘aideront à renforcer son leadership dans leur fief respectif, le moment venu. De plus, le parrainage appuyé du président de la République auprès de ses pairs africains donne à Shadary d’ores et déjà une envergure de président virtuel lorsqu’il assiste au sommet de la SADC ou lorsqu’il est reçu en audience par le président sud-africain Ramaphosa de passage à Kinshasa. Cela influe certainement sur sa posture et l‘aide notamment au changement d’attitude impulsive aux antipodes de son mentor taiseux et que lui reprochent ses détracteurs. D’ailleurs depuis avoir été investi candidat, l’homme commence à ressentir le poids de la responsabilité confiée par sa famille politique et s’est quelque peu assagi.

L’opposition, son grand mur…

Néanmoins, bien que sa candidature soit parrainée par son mentor, Ramazani Shadary aura en face de lui d’autres adversaires, notamment un certain Félix Tshisekedi qui trimbale l’héritage politique de

son très charismatique père, Etienne Tshisekedi wa Mulumba. « Fatshi » pourrait, profitant du nom du père, bénéficier d’un suffrage plus favorable que Shadary. Et il peut se faire épauler par d’autres candidats invalidés, comme Adolphe Muzito, Jean-Pierre Bemba ou encore Moïse Katumbi qui n’a pas pu faire acte de sa candidature, à cause d’ennuis judiciaires. Les sondages publiés par le Groupe d’étude sur le Congo (GEC) donnent les deux opposants gagnants (Félix Tshisekedi et Jean-Pierre Bemba), avec un score de 15 à 17%. « Shadary n’a aucune chance de l’emporter face à Bemba et Tshisekedi, il n’est pas populaire, n’a pas le soutien du Katanga…», a déclaré Bob Kabamba, professeur de sciences politiques à l’Université de Liège et directeur de la Cellule d‘appui politologique en Afrique centrale (Capac). Mais face à cette adversité, quelle que soit sa virulence, le politique armé de bons réflexes et du sens de l’anticipation est censé manier à merveille l’art du sumo, cette lutte japonaise pratiquée par des hommes massifs et dont le but est de renverser le rival hors des limites fixées. Pour gagner et ce, aussi paradoxal que ce soit, en se servant de la force de son adversaire.

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