Tous semblent soudain se découvrir une nouvelle vocation : celle d’homme politique. Que l’on s’appelle Werrason, Jean Goubald, Carine Mokonzi, etc., tous semblent d’un commun accord, vouloir revêtir à l’unisson la casquette d’homme ou de femme d’Etat, après avoir partagé ensemble l’univers du vedettariat.

Si beaucoup sont convaincus de détenir un statut de « leader d’opinion », l’opinion générale porte un regard dubitatif, voire narquois sur les réelles ambitions de ces peoples. Has been pour la plupart, d’aucuns considèrent que ces personnalités sont en quête d’un nouveau point de chute, voyant leurs carrières habituelles basculer.
En perte de vitesse, ils espéreraient se trouver un autre Olympe pour continuer à être comptés parmi les bienheureux.

Nous aurions pensé pareil si nous n’avions pas tendu l’oreille à Jean Goubald. D’une
simplicité et d’une courtoisie légendaires, le chanteur, qui aime bien partager un verre avec les « potes du quartier » ne s’est pas fait prier pour nous étaler magistralement ses ambitions politiques, à travers un récital fait de mots et non de notes musicales. Un dimanche après-midi après une conférence.

Candidat aux élections provinciales et législatives, respectivement pour la commune de
Lemba, son fief, et la circonscription du Mont-Amba.

Philosophe dans une autre vie, l’auteur de Elou et Bayibi nga bomwana place l’homme au coeur de son programme politique. Réhabiliter l’homme, tel est son credo. Une cause qu’il espère défendre sous la bannière du regroupement politique chapeauté par Martin Fayulu, président de la Dynamique de l’Opposition.

Etre un homme d’intelligence et de cœur, tel est son engagement.

Heshima : Jean Goubald, comment expliquez-vous ce brusque virage de la musique à la
politique ?
Jean Goubald : Ce n’est pas un brusque virage. C’est une décision mûrie : nous sommes tous fils de ce grand pays, le pays le plus riche du monde, et voir la souffrance qui sévit dans ce pays, voir que le peuple vit une misère honteuse me fait dire que je risque de passer pour complice, si je sais voir l’incapacité de nos dirigeants à donner une vie décente à ce peuple et
me taire. Si on se contente de ne faire que de la musique, alors on serait complice.
D’aucuns pensent que vous et vos pairs ne souhaitez revêtir la casquette politique que
par pur opportunisme, plutôt que par engagement.
Qu’avez-vous à y répondre ?
JG : Je ne parlerai pas des autres mais de moi. Si parmi ces musiciens qui ont postulé, il y en
a qu’on considère comme « musiciens engagés », un peu comme Lexxus et moi-même, c’est
cet engagement à fustiger les mauvais comportements de nos dirigeants, qui nous pousse à
faire l’exercice de retirer simplement le son, les notes, les accords de musique etc. et garder
notre texte intact.

On n’y va pas par opportunisme. Alors si on n’est pas très suivi à travers les chansons, je crois
qu’on sera mieux écouté quand nous ferons partie des décideurs.
Pensez-vous avoir assez de crédit pour convaincre un électorat généralement méfiant
envers les artistes?
JG : Je ne suis pas allé chercher en dehors de mon monde, de mon fief. Je suis un lembaltèque
(habitant de Lemba, Ndlr), comme on dit. Je postule pour les gens qui m’ont vu grandir, les
gens qui me connaissent… Je suis en même temps candidat à la députation provinciale et à la
députation nationale.
Visez-vous des objectifs précis ?
Lesquels ?
JG : Au fait je n’ai pas beaucoup d’objectifs. Je résume mes objectifs en un seul : la
réhabilitation de l’homme.
Dès qu’on réhabilite l’homme, on réhabilite la famille et, seulement après, on peut réhabiliter
l’Etat, la nation.
Parce que la faillite au niveau du pays part de la faillite de l’homme.
Que reprochez-vous à la classe politique actuelle ?
JG : A la classe politique actuelle, je reproche une seule chose : l’absence du cœur. Ou la
présence d’un cœur de pierre. Dès qu’ils atterrissent aux affaires, oublient la réalité
quotidienne du commun des Congolais.
Qui est votre modèle en politique ?
JG : S’il y a eu un homme politique que j’ai toujours respecté, c’était Etienne Tshisekedi. En
2006, j’avais voté pour Lunda Bululu à la présidence.
Moi j’aime l’intelligence et le cœur mis ensemble. Mon modèle politique doit se trouver dans
ce créneau d’intelligence et de cœur. Aujourd’hui, si je regarde, celui qui ressemble à ce
profil, je crois que c’est Martin Fayulu.
Donc, vous postulez comme candidat de l’opposition ?
JG : Mes affinités sont de ce côté-là, dans l’opposition comme on dit. Mais je n’aime pas ces
termes « opposition » et « majorité », parce que l’opposition et la majorité se trouvent à la
cité.
Les gens ont faim, ils s’opposent à cette façon d’être gérés. Les gens qui s’enrichissent sont
de part et d’autre, ils sont dans l’opposition de nom et dans la majorité de nom. Mais la vraie
majorité, qui souffre, elle est ailleurs.
C’est elle en même temps la vraie opposition. Et je fais partie de ce groupe. Je n’appartiens
pas à l’opposition de nom. Je n’appartiendrai jamais à la majorité de nom.

Défendrez-vous une cause particulière si vous êtes élu ?
JG : L’homme. Je l’ai déjà dit plus haut. Tout ce qui se fait par l’homme est fait pour
l’homme. Alors si l’homme ne se retrouve pas, c’est qu’on ne fait rien pour lui. Je vais
défendre la cause de l’homme. La santé, la sécurité, l’instruction, l’éducation,
l’environnement de cet homme-là ne viennent qu’après. Le point de départ c’est l’homme.
Réhabiliter l’homme intégral.
Certains pensent que les élections n’auront pas lieu en décembre prochain, d’autres
disent qu’ils n’iront à l’élection que si on retirait la machine à voter. Que pensez-vous de
cela ?
JG : Concernant la machine à voter, je crois que nous sommes dans un pays de tricheurs pas
comme possible.
Quand une chose doit être faite avec le consensus de tous, s’il y a un camp qui insiste pour
qu’il n’y ait pas la machine à voter, pourquoi devrait-on l’imposer ? On a connu les élections
de 2006 et 2011 qu’on vante, or il n’y avait pas de machine à voter !
Donc rejetez-vous aussi la machine à voter ?
JG : Je me rallie au consensus. S’il y a un camp qui refuse la machine, ce n’est pas mon
problème ! Moi je crois au Seigneur, même s’ils essaient de manipuler les choses pour faire
passer un autre nom que le mien, Dieu les confondra et c’est mon nom qui sortira.
Ainsi, si votre regroupement politique rejette la machine à voter et boycotte les élections
de décembre 2018, allez-vous le suivre ?
JG : Si les choses se passent tel que le groupe auquel j’ai adhéré dit : « on n’y va pas », ce
serait cracher sur ma propre personne que de faire autrement.
Nous avons vu des sportifs et des artistes réussir en politique sous d’autres cieux,
notamment ici en Afrique (Youssou N’dour, Georges Weah, etc.). Que pensez-vous de
leur engagement politique ?
JG : Aux Etats-Unis par exemple, presque tout le monde est sportif, presque tout le monde est
musicien. On a vu Bill Clinton jouer merveilleusement bien au saxo.
Mais en Afrique ça reste une première. Normalement on est classé dans des catégories
rigides : quand on est musicien on le reste, quand on est humoriste on en reste là…
JG : En principe c’est l’université qui classe les gens selon des aptitudes.
Il y a des universités dans lesquelles vous ne serez pas admis si vous ne pratiquez aucune
activité sportive ou si vous n’exercez aucun art. Nous ne sommes pas que musiciens, nous ne
sommes pas que sportifs. Nous sommes en même temps autre chose.
Ce sont des choses qui devraient accompagner les gens normalement.
Soit l’art, soit le sport.
Moi je ne considère pas que je quitte totalement un monde vers un autre.
C’est-à-dire, mon activité principale consiste à penser. Quand on suit ma musique on sent que
ce gars-là réfléchit, cogite. C’est ce que je compte amener en politique. Parce que, finalement,
j’ai comme l’impression qu’en politique, le cogito est inconnu. En politique chez nous, il n’y
a pas d’idéologies, il y a que des figures d’individus.
Les gens n’adhèrent pas aux idées des autres. Les gens adhèrent aux libéralités du chef, le
meneur du groupe.

Si vous êtes élu, aurez-vous franchi un point de non-retour ? Devrons- nous oublier le
Jean Goubald artiste ?
JG : Jamais. La politique c’est l’art de gérer la Cité. Votre faute à vous les électeurs c’est de
ne pas élire les artistes. Il faut avoir des artistes en politique. Mais des artistes ayant du cœur
et de la tête. Le Congo a besoin de dirigeants qui ont le cœur d’abord et puis la tête.
Si le candidat de la majorité politique actuelle était élu et qu’un ministère vous était
proposé, l’accepteriez- vous, sachant qu’une fois dans ce gouvernement, vous ne serez
plus du côté de l’opposition ou du peuple ?
JG : Je serai toujours du côté du peuple. S’il m’arrivait d’accepter une quelconque position et
qu’on m’interdit de tendre la perche vers le peuple, alors je démissionnerai.
Une fois qu’on est dans le gouvernement, on ne sait plus voir que la route est cassée ? Donc
on ne peut pas dire au chef : « C’est nous qui sommes au pouvoir, et il nous incombe de
réparer les routes, sinon, nous sommes des vrais sorciers » ?
Jean Goubald, un dernier mot pour tous nos lecteurs et toutes les personnes qui vous
aiment et qui vous soutiennent.
JG : Je les aime beaucoup. Un amour que je traduis à travers cette indignation, à travers ce
titillement. J’aime mon pays, j’aime mon peuple. Sincèrement je ne cautionne pas que ce
peuple souffre.

Rex Mpanya

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